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Caroline Veith, entre la catastrophe et le carnaval



Qui va à la chasse... Encre, Posca sur calque, 110 x 330 cm 

Par sa pratique du dessin, elle trace des correspondances narratives entre les réalités sociales de son quotidien et les fictions de la tradition du conte.

 « Le dessin est relié au papier, c’est un lien avec le tracé, l’écriture. »
Ses œuvres sont des représentations narratives réalisées avec humour et subtilité en équilibre constant entre la maîtrise du geste et l’improvisation.
« Au départ, je travaille à vide en laissant glisser mes plumes à réservoir qui me permettent de dérouler le trait comme une écriture automatique. »
Ce langage spontané au tracé systématique, probablement influencé par son parcours aux Arts Appliqués, se construit selon une multitude de juxtapositions de scènes aux détails minutieux.

L’artiste sait indéniablement raconter une histoire. Lorsqu’elle ne grave pas, elle utilise le Posca, le pinceau mais aussi des outils plus fins comme la plume qui lui permet avec l’encre de chine de dessiner sur polyester translucide. Le support est ensuite apposé sur papier blanc. Collages, montages et assemblages peuvent compléter le procédé qui s’exprimera pour certaines œuvres sur très grand format.

Dans ce terrain bouillonnant d’expérimentations, nous assistons à une dualité du rouge et du noir, de l’ombre et de la lumière. Au sein de cette comédie humaine créée de toutes pièces, homme et animal se disputent depuis la nuit des temps une histoire chaotique. Pour cette exposition, le loup est le protagoniste central de l’œuvre de l’artiste. Prédateur, chef de meute, il s’affranchit de tout autre meneur.

Dans cette narration sensiblement désaxée, on ne sait plus très bien qui chasse qui, qui fait office de pouvoir et d’autorité, qui veut faire régner l’ordre et désobéir ou simplement dévorer l’autre. Le conflit d’une complexité redoutable tient par sa tension picturale qui laisse se battre en duel la violence et l’humour. Ce déroulement du réel à l’absence de hiérarchie provoque un sentiment de familiarité aussi amusant qu’inquiétant. L’artiste laisse chacun recomposer librement et mentalement le récit. Certains arguments nous laissent tourner autour du sujet et nous permettent parfois d’atteindre un angle essentiel et surprenant. Celui par exemple d’un personnage portant une casquette à l’envers, d’une meute de loups semblant danser sous la pleine lune, de plantes carnivores en pleine conversation…

Caroline Veith joue des conventions d’espace et de temps. Elle relie ses travaux avec ceux des décennies précédentes, des années 70 à aujourd’hui, en analysant perpétuellement sa façon de s’exprimer.
« Le dessin est une manière intermédiaire de parler des vrais sujets. »
Son témoignage artistique se déploie patiemment comme une histoire sans fin. Il vient défier les formes de partis pris et de récupération de sujets sensibles qu’elle évoque volontiers en « off » comme celui des migrants.
L’artiste brouille les pistes. Elle produit des narrations où les héros semblent être de nouveaux prédateurs qui masquent autant qu’ils dévoilent. Cette hybridité donne à voir une liberté jouissive qui mène progressivement vers le déraillement, entre la catastrophe et le carnaval. 

Caroline Veith expose à l’Orangerie de Cachan du 7 juin au 6 juillet 2018.