Accéder au contenu principal

Christophe Pillault, aux portes de l’émotion


 
Imaginaire 2011-04 tsunami 3, acrylique sur toile, 70x50 cm

Christophe est artiste-peintre autiste, Il ne parle pas mais s’exprime au travers de sa peinture depuis l’enfance. Ses dernières séries sont réalisées à l’acrylique sur toile à l’aide de ses mains et ses doigts.

L'acte de peindre est un désir spontané qui l’apaise. Christophe peint souvent très vite. Entre l’intention et l’accident, sous forme d’abstraction gestuelle, c’est son mouvement qui prime.
Pour un contact plus direct et plus manuel avec la peinture, il peint à l’aide de ses doigts. Son procédé dévoile un foisonnement de touches hiérarchisées, d’une certaine force libératrice.

Sensible à la danse, Christophe visionne des spectacles chorégraphiques à la télévision, dans des revues, les livres d'art et reproduit des figures en mouvement.
Dernièrement, il choisit de délaisser le figuratif pour s’engager dans une voie plus abstraite. Sous une pulsion de vie, sa peinture s’ouvre, joue sur les bords, sur l’hors-champ et envahit toute la surface, aux confins de la toile. Une forme d’automatismes homogènes laisse jaillir le chaos puis s’ordonne.

Comme les mouvements des corps et des figures qu’il aime peindre, ceux de l’eau, des vagues, des tsunamis le fascinent autant. Christophe s’inspire aussi des fleurs. Ses dernières toiles abstraites explorent une réalité pour mieux s’en affranchir. Elles reproduisent son propre monde. Un territoire où son paysage mental semble se sillonner en même temps qu’il l’esquisse.

Les œuvres revendiquent la force imageante. Elles rendent énigmatique l’évidence de la représentation mais nous englobent pourtant dans un voyage avec quelques repères ; un visage, un œil… La charge poétique se construit selon l’imaginaire de chacun.
Le bleu est récurrent, aux côtés du noir et du blanc. Cette dualité que le peintre aime travailler ne fait qu’accroître le secret, entre la lumière et l’ombre, le visible et le caché, l’insaisissable et le connu. Le surgissement se construit ainsi dans une révélation graduelle.

Les récits se déploient sous des effets de textures, d’empâtements par ajout et retrait.
Les strates se superposent, se combinent, s'entrelacent. On ressent sous les doigts de Christophe la puissance du vent, les changements du ciel, le renouvellement continu des vagues, la violence et la beauté sauvage des éléments déchainés. La nature et ses tourments vacillants, mouvants et vivants préservent une partie de leur mystère.

L’artiste dose ce subtil équilibre brut et fragile, calme et tumultueux à la fois, sous un mélange de violence et de douceur, de brutalité et de grâce. Appréhender ses travaux est une véritable expérience phénoménologique qui témoigne d'une attention dédiée au sensible, aux portes de l'émotion et du rêve.