![]() |
Alain Delon vu du 22, 2024, acrylique sur toile tendue, 140 x 100cm
Artiste émergente sur la scène contemporaine parisienne, Oriane Sossah construit une œuvre qui se lit autant qu’elle se ressent. Ses peintures, dessins et créations numériques ne cherchent pas la démonstration, mais l’expérience : elles ouvrent un espace de perception où la couleur, la texture et le geste deviennent les vecteurs d’une émotion subtile, souvent indicible. Dans un paysage artistique saturé d’images, l’univers de l’artiste propose une pause, une brèche, un tremblement — quelque chose d’essentiel qui cherche à se dire.
Une trajectoire singulière devenue langage artistique
Le parcours d’Oriane Sossah ne ressemble à aucun autre. Venue du droit et du management, elle a glissé vers l’art par nécessité intime, par besoin vital de transformation. Cette trajectoire, loin d’être anecdotique, irrigue toute sa pratique : son rapport à la création est structuré, ouvert, transdisciplinaire. Elle ne cloisonne rien. Elle puise aussi bien dans la philosophie, les voyages, la culture japonaise, l’Afrique de l’Ouest ou la littérature contemporaine.
Cette hybridité a façonné un regard singulier, affranchi des académismes et porté par une liberté rare. Autodidacte guidée par deux influences majeures — sa sœur, Céline Lou Sossah (docteure en philosophie de l’art), et le peintre François Mattei — elle a développé un rapport très personnel à la création, où l’émotion prime toujours sur la démonstration.
La couleur comme écriture de l’invisible
Ce qui frappe d’abord chez Oriane Sossah, c’est la façon dont elle donne corps à ce qui n’a pas de forme. Ses œuvres semblent naître d’un territoire intérieur où mémoire, silence, énergie, traces et rémanences se superposent. La couleur y tient un rôle central : elle est une matière émotionnelle, parfois vibrante, parfois fanée, toujours chargée d’une tension.
Sa méthode procède par couches, par effacements successifs, par glissements plus que par ruptures. Le geste est instinctif, mais rigoureux ; la composition semble spontanée, mais s’appuie sur une maîtrise intuitive des rythmes visuels. L’émotion n’est jamais un effet, mais un passage — quelque chose qui affleure malgré l’artiste et grâce à elle.
Hybrider les pratiques pour ouvrir le champ du sensible
L’un des aspects les plus riches de son travail réside dans son dialogue permanent entre le numérique et le pictural. Loin d’une simple juxtaposition, Oriane Sossah crée un va-et-vient fécond entre ces médiums : le dessin numérique devient matrice, la peinture devient matière, la superposition des deux ouvre une profondeur nouvelle.
Cette hybridation permet d’explorer des zones que la peinture seule peinerait à saisir : des transparences, des vibrations chromatiques, des hésitations, des respirations. En mêlant technologie et gestualité, l’artiste redéfinit les possibilités du sensible dans un monde où le digital est devenu une deuxième peau.
Un art de la présence et de la résonance
Si son œuvre est d’une forte dimension introspective, elle n’est jamais refermée sur elle-même. Plusieurs projets — comme Ma République pleure (2017) ou Delon vu du 22 — témoignent d’une conscience aiguë du monde contemporain et de ses fractures. L’artiste s’autorise parfois à prendre position, non comme une militante, mais comme une femme qui se tient au monde, attentive à ses drames et à ses dérives.
Dans ses œuvres les plus récentes comme Le Cri, une toile peinte en soutien à Gisèle Pélicot, ces gestes artistiques s’affirment comme des prises de position. Réalisés lors d’une phase de recherche en profondeur, ces travaux explorent de nouveaux territoires : formats suspendus, textiles, papiers en chute libre, pièces comme des présences silencieuses. Ce mouvement marque un tournant : elle veut désormais créer des espaces plus que des images, des lieux où l’on pourrait ralentir, respirer, se rassembler, se souvenir.
Un langage en construction, une œuvre en devenir
Il y a chez Oriane Sossah quelque chose de rare : une authenticité absolue et une exigence constante. Son esthétique n’est jamais figée. Elle avance par étapes, par intuitions, par expériences. La peinture, chez elle, est un chemin plutôt qu’un aboutissement.
Elle cherche à peindre ce qui ne se dit pas, à révéler ce qui persiste dans les interstices : les émotions tremblantes, les zones floues, les fragments d’une lumière intérieure. Son œuvre, en mouvement permanent, s’apparente à une cartographie sensible de ce qui nous traverse et nous dépasse.
Oriane Sossah ne cherche pas à plaire. Elle cherche à atteindre. Elle ne cherche pas à représenter. Elle cherche à révéler. Son art, profondément ancré dans l’émotion et le questionnement, s’inscrit dans une tradition humaniste de la peinture contemporaine, tout en y apportant une voix nouvelle, sincère, vibrante.
Son geste ouvre un espace rare : celui d’un dialogue silencieux entre l’œuvre et le regard. Un espace où l’on peut — enfin — se laisser toucher.
