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Articles

Catherine Vieu, peindre l'instant comme une tranche de vie

  Chez Catherine Vieu, la peinture ne cherche pas à arrêter le temps. Elle tente plutôt d'en retenir la vibration : une silhouette aperçue dans une rue, une attitude, une lumière, une foule, un fragment de paysage. Son univers se construit dans cet espace fragile où l'observation rencontre l'instinct. L'artiste revendique une peinture de « l'instant présent », proche, dans son intention, du travail d'un journaliste qui ferait un documentaire : regarder, saisir une ambiance, témoigner d'un moment avant qu'il ne disparaisse. Cette approche traverse son travail depuis plusieurs années notamment avec des séries consacrées à New York, Paris, Essaouira, Marrakech, Fès ou encore Saïdia. Elle décrit son œuvre comme une peinture figurative narrative faite de véritables « tranches de vie ». Le croquis comme point de départ Chez Catherine Vieu , l'œuvre commence souvent dehors, dans le mouvement du réel. Un croquis réalisé sur place constitue la première em...
Articles récents

L’Arbre de la Pensée : une cartographie intuitive de l’esprit

  Dans L’Arbre de la Pensée , l’artiste Marie-Rose Atchama propose une œuvre qui se situe à la frontière entre introspection spirituelle, cosmologie intuitive et recherche artistique.   Présentée sur toile lors d’une exposition au Grand Palais en février 2026, cette œuvre trouve pourtant son origine bien plus tôt, dans une expérience intérieure remontant à 1984. C’est à cette époque que l’artiste visualise une énergie créative située au-delà de la conscience ordinaire. Cette origine lointaine donne à l’œuvre une dimension singulière : elle apparaît comme l’aboutissement d’une réflexion et d’une intuition qui ont mûri pendant plus de quarante ans. La feuille : naissance d’une pensée Au commencement de cette vision se trouve une image simple et organique : une forme d’énergie qui se dessine comme une feuille. Cette forme devient rapidement, pour l’artiste, une métaphore de la pensée elle-même. La feuille évoque la croissance, la ramification et la circulation de la vie. En obse...

Aliette Duroyon, une éthique de la fragilité

(DR) Le travail d’ Aliette Duroyon s’inscrit dans une tension constante entre beauté et inquiétude. Son œuvre représente la nature en y convoquant les fragments réels — coquillages, sable, insectes, végétaux — comme autant de présences fragiles, presque vulnérables, qui portent en elles la mémoire du vivant. Ce recours aux matériaux organiques constitue un acte profondément engagé. Il ne s’agit ni d’esthétiser la nature ni de la célébrer naïvement, mais de rappeler qu’elle est aujourd’hui menacée, altérée, exploitée. Les coquillages, récurrents dans ses installations, apparaissent comme des architectures abandonnées, des enveloppes vidées de leur habitant. Ils contiennent le temps, la mer, la lenteur du vivant. Dans des œuvres comme Déferlante ou Murmurations Océanes , ils évoquent simultanément la beauté des fonds marins et leur vulnérabilité face à l’acidification des océans, à la surpêche et à l’effondrement des écosystèmes. Suspendus, accumulés, mis en mouvement ou figés dans une...

Derrière la vitre, les âmes se frôlent : le miroir des solitudes urbaines — Jacques Kédochim

©Jacques Kedochim                 Galerie Pavé d’Orsay, 48 rue de Lille , 75007 Paris — du 4 au 14 juin 2026 Dans Le miroir des solitudes urbaines , Jacques Kédochim transforme la vitre en territoire mental. Plus qu’un simple motif plastique, elle devient une membrane poreuse où se croisent des existences anonymes, des fragments de ville et des regards qui ne se rencontrent jamais tout à fait.   À travers cette série de scènes urbaines baignées de tonalités chaudes — jaunes ambrés, rouges diffus, éclats orangés — le peintre construit une œuvre profondément contemporaine, suspendue entre observation documentaire et fiction intérieure. Le tableau semble d’abord saisir un instant banal : une terrasse de café, quelques silhouettes, une femme arrêtée devant une vitre. Mais très vite, le regard vacille. Reflets, transparences et superpositions brouillent la lecture immédiate. L’intérieur et l’extérieur fusionnent dans une même matière picturale, ...

L’Éternité des formes : Hommage à Saskia Van Der Made

Marbre de Carrare, pierre, marbre noir de Mazy (Belgique), 22 x 19 x 10 cm Dans le silence laissé par la disparition de Saskia Van Der Made, le 13 octobre 2024, demeure une œuvre vibrante, habitée par le souffle de la pierre et la mémoire du geste. Sculptrice exigeante et poète de la matière, elle a inscrit dans le marbre et l’albâtre une vision profondément humaine du mouvement et de la transformation.   L’espace intérieur du marbre Saskia a consacré sa vie à explorer la matière, à la façonner avec une liberté intense qui brouille les frontières entre l’organique et l’abstrait. Née en Hollande en 1963, elle a été profondément influencée par les paysages lacustres de son enfance – une mémoire de fluidité qu’elle transpose dans des volumes sculptés où le marbre et l’albâtre semblent animés d’un souffle propre. Par un travail de taille directe, elle révélait dans la pierre l’élan vital d’un mouvement presque liquide, une danse silencieuse entre le poids et l’air. Son approche techniq...

Richard Gautier, la rigueur au service de l’illusion

Invité d’honneur du 43e Salon international des arts à la Galerie Nesle, du 23 au 26 avril 2026, Richard Gautier est l’un des derniers héritiers d’une tradition picturale exigeante : celle du trompe-l’œil .   À contre-courant des tendances contemporaines, l’œuvre de Richard Gautier revendique une fidélité presque militante au réel — ou plutôt à son illusion maîtrisée. Une trajectoire entre rigueur académique et insoumission Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Poitiers puis à l’Académie Anquetin à Neuilly, le peintre construit très tôt un langage pictural fondé sur la précision, mais aussi sur une forme de résistance aux dogmes. Là où l’enseignement académique prône l’imitation du modèle, lui choisit d’en comprendre les mécanismes pour mieux s’en affranchir. Ce double parcours — entre Beaux-Arts et enseignement parallèle auprès de copistes du Louvre comme Mme Versini — forge une pensée artistique indépendante. Gautier ne copie pas : il analyse, déconstruit, puis reconstruit le vis...

Ene Jakobi, dessiner contre le mur des apparences

  Chez Ene Jakobi, le dessin n’est jamais un simple exercice d’observation. Il est un acte de résistance douce, un geste de présence obstinée dans un monde qui regarde sans voir.   Sa série « Palais Garnier » éditée dans la collection « Le Street-Art du 19 e siècle » réunis de dessins réalisés en 2019 devant les sculptures du Palais Garnier. La série propose une double lecture, fidèle à la démarche de l’artiste, où l’histoire de l’art dialogue avec une critique aiguë de notre présent. Sous le crayon d ’Ene Jakobi , les sculptures monumentales de Jean-Baptiste Carpeaux, Alexandre Falguière, Henri Chapu, Louis-Félix Chabaud ou encore Amandus Adamson, sont des corps à nouveau instables, chargés de tensions morales et politiques. Le regard de l’artiste se forme sur le vif, au contact direct des passants, des touristes et des influenceurs venus se photographier devant ces corps de pierre. Le procédé technique est volontairement simple : croquis réalisés sur pla...