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Articles

Ene Jakobi, dessiner contre le mur des apparences

  Chez Ene Jakobi, le dessin n’est jamais un simple exercice d’observation. Il est un acte de résistance douce, un geste de présence obstinée dans un monde qui regarde sans voir.   Sa série « Palais Garnier » éditée dans la collection « Le Street-Art du 19 e siècle » réunis de dessins réalisés en 2019 devant les sculptures du Palais Garnier. La série propose une double lecture, fidèle à la démarche de l’artiste, où l’histoire de l’art dialogue avec une critique aiguë de notre présent. Sous le crayon d ’Ene Jakobi , les sculptures monumentales de Jean-Baptiste Carpeaux, Alexandre Falguière, Henri Chapu, Louis-Félix Chabaud ou encore Amandus Adamson, sont des corps à nouveau instables, chargés de tensions morales et politiques. Le regard de l’artiste se forme sur le vif, au contact direct des passants, des touristes et des influenceurs venus se photographier devant ces corps de pierre. Le procédé technique est volontairement simple : croquis réalisés sur pla...
Articles récents

Francis Bellanger : entre l’innocence et le trouble

  Avec Pomme pom girl ,  Francis Bellanger   explore un territoire fragile, situé entre le jeu et le désir, l’enfance et la maturité. Ce nu, inspiré par une comédienne de théâtre pédagogique, met en scène un corps en état de transition, un instant suspendu où la pose devient récit. Une scène faussement simple À première vue, la composition paraît directe : une jeune femme nue, assise au sol, jambes largement ouvertes, mordant dans une pomme rouge. Le fond neutre efface tout contexte narratif et isole la figure dans un espace presque abstrait. La frontalité de la pose impose un face-à-face avec le spectateur, sans échappatoire possible. Pourtant, cette simplicité est trompeuse. La construction est rigoureuse : le triangle formé par les jambes et le drapé rose dirige le regard vers le centre du corps, tandis que la pomme, tenue à hauteur de bouche, devient un foyer de tension. Le geste de croquer, minuscule en apparence, introduit une dimension narrative qui dépasse largeme...

Art Capital 2026 : seize voix, un collectif qui compte

Le retour d’Art Capital sous la verrière restaurée du Grand Palais, du 13 au 16 février 2026, a marqué bien plus qu’un simple événement institutionnel : il a consacré un collectif d’artistes affirmés issus de la Gironde et de la région Rhône-Alpes.   Au cœur de cette édition rassemblant plus de 2 000 artistes internationaux et plusieurs milliers de visiteurs, Arts-Sciences-Lettres, représentée par sa déléguée bordelaise Sandrine Étienne, a dévoilé un ensemble cohérent, à la fois exigeant et résolument contemporain. Cette aventure humaine et artistique est née de la rencontre et de l’alchimie entre Anne-Charlotte Ménoret, vice-présidente du Salon des Indépendants, et Sandrine Étienne. Composée de seize artistes majoritairement, tous membres et/ou diplômés de l’Académie Arts-Sciences-Lettres, cette carte blanche n’a obéi à aucune thématique imposée. Sa force résidait ailleurs : dans l’entente, la diversité assumée des pratiques et une scénographie pensée comme une mosaïque chromatiqu...

Tatiana Pivovarova, la mémoire du geste

  COPIE DU Portrait de Mika Morozov - Valentin Alexandrowitsch Serow Chez Tatiana Pivovarova, tout commence par l’apprentissage du regard. Très tôt, à Abakan en Russie, dans cette petite école d’art réaménagée dans une ancienne crèche, elle apprend, enfant, à voir avant de peindre. Elle s’initie à la lumière comme on apprend une langue ancienne : par répétition, par discipline, par émerveillement. Chaque jour, deux heures de dessin, de céramique, de sculpture, de gravure sur bois — un rituel patient qui inscrit dans le corps une rigueur silencieuse. Rien n’est encore art : tout est observation, respiration, matière. Ce long apprentissage forge la mémoire d’un geste. Pivovarova apprend à traduire le monde à travers la diversité des techniques : le crayon, le fusain, la gouache, le pastel sec. Elle découvre que chaque outil impose une écoute différente de la forme, une lenteur propre. Elle comprend aussi, dès l’enfance, que la beauté naît du travail, de la contrainte, du recommencem...

Oriane Sossah : la fabrique sensible d’un monde intérieur

  Alain Delon vu du 22, 2024, a crylique sur toile tendue,  140 x 100cm Artiste émergente sur la scène contemporaine parisienne, Oriane Sossah construit une œuvre qui se lit autant qu’elle se ressent. Ses peintures, dessins et créations numériques ne cherchent pas la démonstration, mais l’expérience : elles ouvrent un espace de perception où la couleur, la texture et le geste deviennent les vecteurs d’une émotion subtile, souvent indicible. Dans un paysage artistique saturé d’images, l’univers de l’artiste propose une pause, une brèche, un tremblement — quelque chose d’essentiel qui cherche à se dire. Une trajectoire singulière devenue langage artistique Le parcours d’Oriane Sossah ne ressemble à aucun autre. Venue du droit et du management, elle a glissé vers l’art par nécessité intime, par besoin vital de transformation. Cette trajectoire, loin d’être anecdotique, irrigue toute sa pratique : son rapport à la création est structuré, ouvert, transdisciplinaire. Elle ne cloiso...

Un monde en éclats : les collages de Joëlle Isnardon

C'est quoi ton problème ? Les collages de Joëlle Isnardon frappent d’abord par leur éclat : un éclat littéral — celui de l’Altuglass qui intensifie les couleurs, magnifie les détails, gomme les aspérités du papier — et un éclat narratif, comme si chaque œuvre jaillissait d’une explosion minutieusement orchestrée. Car chez cette artiste, le chaos n’est jamais désordre : il est construction. C’est un chaos réglé, un « mouvement arrêté » où chaque fragment semble suspendu dans un instant filmique, juste avant que l’histoire ne reprenne son cours. Le théâtre des images On entre dans un collage de Joëlle Isnardon comme dans une scène déjà en mouvement. Ses compositions multiplient plans et lignes de fuite, jouent du haut et du bas, ouvrent des perspectives urbaines ou marines, et l’on suit volontiers la trajectoire d’une figure féminine soudain figée — directionnelle, presque chorégraphique — qui offre au regard un point d'appui humain au sein du tumulte visuel. L’artiste parle ell...

Philippe Gillotte : la lumière comme langage, l’instant comme vérité

Copyrights : Philippe Gillotte Chez Philippe Gillotte , la photographie se vit comme une traversée : celle d’un homme dont le regard s’est formé à la croisée des Beaux-Arts, de la technique et de l’instinct.   Son œuvre, à la fois multiple et cohérente, témoigne d’un engagement profond envers la lumière – non pas comme simple condition visuelle, mais comme matière vivante, vecteur d’émotion et révélateur d’humanité. La lumière sculptée Chaque image de Philippe Gillotte semble respirer. Il y a, dans sa manière d’apprivoiser la lumière, quelque chose de presque pictural, héritée des maîtres qu’il admire — de Johannes Vermeer, pour la précision et la douceur de la lumière, à Zao Wou-Ki, dont la peinture abstraite inspire sa sensibilité aux nuances et aux transparences. L’artiste n’éclaire pas : il sculpte. Qu’elle soit rasante ou diffuse, naturelle ou artificielle, la lumière devient langage. Elle modèle le réel, en révèle la texture et lui confère une profondeur émotionnelle rare. Ce...