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L’Éternité des formes : Hommage à Saskia Van Der Made

Marbre de Carrare, pierre, marbre noir de Mazy (Belgique), 22 x 19 x 10 cm


Dans le silence laissé par la disparition de Saskia Van Der Made, le 13 octobre 2024, demeure une œuvre vibrante, habitée par le souffle de la pierre et la mémoire du geste. Sculptrice exigeante et poète de la matière, elle a inscrit dans le marbre et l’albâtre une vision profondément humaine du mouvement et de la transformation. 

L’espace intérieur du marbre

Saskia a consacré sa vie à explorer la matière, à la façonner avec une liberté intense qui brouille les frontières entre l’organique et l’abstrait. Née en Hollande en 1963, elle a été profondément influencée par les paysages lacustres de son enfance – une mémoire de fluidité qu’elle transpose dans des volumes sculptés où le marbre et l’albâtre semblent animés d’un souffle propre. Par un travail de taille directe, elle révélait dans la pierre l’élan vital d’un mouvement presque liquide, une danse silencieuse entre le poids et l’air.

Son approche technique n’était pas seulement un exercice de virtuosité, mais une véritable quête intérieure : faire surgir non pas une forme prédéfinie, mais ce que la pierre porte en elle de mystère et de force. Chaque surface polie, chaque courbe était à la fois l’empreinte d’un geste et le signe d’une présence invisible, comme si l’artiste avait voulu traduire, dans la masse du marbre, le flux même de la vie.

Dualité et liberté

Le travail de Saskia se distingue par une tension harmonieuse entre contraires : dureté et douceur, inertie et mouvement, matérialité brute et poésie pure. Dans ses sculptures, la pierre n’est jamais figée ; elle est traversée par une force qui évoque à la fois la nature et l’intériorité de l’artiste. Cette dialectique entre force et fragilité, densité et transparence, témoigne d’une compréhension profonde de la matière comme métaphore de l’existence.

Ses œuvres proposent un espace de contemplation, un lieu où le regard peut se perdre et se retrouver. Ainsi, la sculpture devient expérience : non pas simple objet à regarder, mais présence capable d’éveiller en chacun le sens du mouvement, du passage, du devenir.

Héritage et résonances

Depuis son départ, la postérité de Saskia Van Der Made ne se mesure pas seulement à la beauté de ses pièces, mais à leur capacité à interroger notre rapport au monde. Les hommages rendus soulignent combien son art résonne au-delà des cercles habituels des amateurs de sculpture : il touche des publics variés par sa sincérité, sa vigueur et sa liberté créatrice.

Dans ces expositions posthumes, les visiteurs découvrent une œuvre intime et secrète mais aussi universelle dans sa capacité à évoquer le mouvement, le monde naturel et les profondeurs de l’être. Saskia laisse derrière elle une œuvre qui, par sa puissance formelle et sa résonance émotionnelle, continue à questionner et à enrichir notre regard sur la sculpture contemporaine.

À ses côtés, demeure la présence fidèle d’Olivier Bataille, artiste sculpteur, compagnon de création et de vie, dont le travail prolonge aujourd’hui, dans la pierre et le silence, le dialogue commencé à deux.